Quand les poilus racontent…..

1914 Il y a 100 ans une génération d’hommes fut sacrifiée pour sauver la France. Nous sommes tous concernés par cette hécatombe, car ces hommes sont nos aïeux directs ou indirects. Chaque famille a été impactée par ce conflit et a perdu un père, un frère ou un fils. Certains sont revenus, un grand nombre a disparu et d’autres ont été inhumés dans des cimetières militaires.

Dans ma famille, j’ai 8 poilus qui ont étés mobilisés. Parmi eux 4 ne sont jamais revenus : mon arrière-grand père et 2 arrières grand-oncles paternels. Du côté maternel 1 arrière grand-oncle. J’ai retracé leur parcours et plus particulièrement celui de mon arrière grand-père paternel car j’avais en ma possession des courriers qu’il avait écrit pendant le front à sa femme et son histoire, je pense, est celle de beaucoup d’hommes de cette période. C’est ainsi que j’ai fait une découverte étonnante et émouvante que je tenais à vous faire partager…..lisez jusqu’au bout, vous connaîtrez ainsi ma découverte !

Albert Chalange
Gaston Albert Chalange est né en 1884  à Sotteville-lès-Rouen, se marie à Honfleur en 1907 avec Madeleine Ducastel, et à deux enfants (1909 et 1913). 

Le 1er août 1914 c’est la mobilisation générale, tous les hommes sont mobilisés et lui ne fait pas exception. Il incorpore le 319ème Régiment d’infanterie comme réserviste.

Il arrive avec son Régiment à Vervins le 10 août 1914 après 15h30 de train au départ de lisieux (14) et y stationne jusqu’au 19 août.

Ce sera le début de son calvaire. 

Selon le Journal de Marche du 319ème RI (source Mémoire des Hommes), l’attaque générale eut lieu le 30/9/1914 à Sapigneul, ville qui fut entièrement détruite. La 319ème s’est répartie aux écluses et au pont de Sapigneul. Il décédera ce jour-là vers 13h00 de ses blessures.

Voici quelques extraits de courriers qu’il a envoyé à sa femme (archives personnelles). Ces lettres permettent de découvrir le quotidien, les peines, les espoirs et les petites joies de tous ces hommes lors de ce terrible conflit. (je les ai transcrites telles qu’elles ont été écrites sans rien changer, ni les fautes, ni les tournures de phrases…)

1er courrier d'Albert
10/08/1914
« Cher Béso, Je suis toujours en bonne santé. J’espère que ma lettre te trouveras de même ainsi que nos chers trésors. Embrasse bien notre famille pour moi et les amis. Rien de plus car tout est interdit. Ton mari pour la vie »
Pensées nostalgiques
Septembre 1914
« Vraiment c’est incroyable. Voilà 4 jours que nous dormons pas. Nous savons plus ce que nous sommes et pourtant Dieu sait si nous pensons à vous. Pas une minute l’esprit me quitte de notre chère maison…… »
Espoirs et optimisme

« Nous avons reçu de très bonnes nouvelles. Les Allemands trinquent partout. La victoire est pour nous Dieu aussi puisque toutes les puissances sont avec nous. Combien cela doit durer nous l’ignorons mais je t’adjure chère Bésote ne te chagrine pas de trop ainsi que Louise et ses chers parents. Nous partons ou tout au moins c’est le bruit qui court Dimanche matin pour Châlons et après soit Maubeuge ou Mézières. Nous sommes en 7ème ligne de combat. Tu vois chère bésote que nous sommes pas trop exposés. Mais assez pour moi. »
Bonnes nouvelles
Septembre 1914
« …..Cher trésor, espérons que Dieu nous protégera et que nous aurons le bonheur d’aller tous les deux le lendemain matin de mon retour sur la Côte de Grâce (Chapelle à Honfleur) brûler un cierge. Je suis très content mon cher trésor d’avoir des nouvelles de mon cher frère. Il est comme moi bien malheureux et il doit avoir hâte de finir tout cela. Je suis bien content aussi de savoir que mon patron te donnes ce que j’ai gagné. Ce sera toujours cela de venu. Donnes lui de mes nouvelles de temps en temps et dis lui bien que j’ai hâte de revenir avec lui….
Besoin d'argent pour le quotidien

Septembre 1914
« Il est très gentil ce garçon là (Joseph Lair). Il a fait son service avec Ernest et c’est un ami à Emile. Il nous passe en douce du rabiot de sucre et de café c’est toujours çà de venu pour l’escariade. Si tu le peux mon cher béso envoie moi de l’argent en billet cela me serai facile pour le change quoique nous trouvons rien à acheter on peut trouver des occasions comme je viens de te le dire et sans argent on est toujours très malheureux.. »
La joie de retrouver des amis
Septembre 1914
« …. Je t’adore mon cher trésor ainsi que nos chers deux enfants. Dans mon grand malheur d’être séparé de vous tous. Je me considère  très heureux d’être où je suis voilà pourquoi : notre capitaine nous a autorisé à nous mettre avec qui bon nous semble. J’ai avec moi Henri Lefebvre, Joseph Lair, Baudry, Angilot et Laplace. Enfin nous sommes tous honfleurais. Tu vois chère petite femme adorée que nous sommes un petit peu plus heureux.. »
Nostalgie de la famille et description du quotidien

Septembre 1914
« …Combien je voudrais être un oiseau pour pouvoir le voir (son fils) un instant et vous serrer tous sur mon pauvre coeur. Mais ne parlons plus de cela le devoir pour l’instant est d’être devant l’ignoble ennemi, le repousser le plus énergiquement possible et lui faire cracher le plus de sang possible pour qu’il puisse s’en rappeler pour toujours et laisser tranquille nos chers enfants. Ainsi que je te l’ai déjà dit je suis heureux d’avoir revu Laîné. Je ne sais si tu t’en rappelle de lui. Il a fait son service à Rouen au chasseurs avec Ernest il est venu chez nous et il a dû fréquenter quelques temps Germaine. C’est un très gentil garçon il est employé au service de ravitaillement et je le vois tous les 2 jours car moi je suis nommé homme de corvée ordinaire c’est-à-dire pour les vivres je suis exempt de garde et de corvée je ne suis plus sur la première ligne de feu je reste avec le fourrier dans les tranchées abris de manière à pouvoir le soir………
Dernier courrier d'Albert

« …retrouver les voitures qui nous apportent les vivres. Je n’ai que çà à faire puis dormir. Tu vois cher trésor s’il n’y avait pas ces sacrés obus et balles à craindre je ne serais pas trop malheureux. Alors pour te finir ce Laîné là me procure en douce du café, du sucre, du sel, du pain enfin tout ce qui peu pour m’être agréable c’est toujours çà de venu et je te prie de croire que cela fait plaisir. En outre, il a la facilité d’aller dans les villes ou il y a un peu de tout, de ce fait je lui fais des petites commandes que je touche deux jours après. Tu vois c’est presque le rêve. Puisque nous autres où nous passons c’est la ruine complète, plus de maisons sans être saccagées, pillées ou détruites en un mot nous ne trouvons plus rien que de l’eau quand elle n’est pas empoisonnée… »

Albert décédera le lendemain de cette lettre le 30/09/1914.

Le courrier de son camarade, Emile Baudry ci-dessous, précisera l’endroit où son corps a été  inhumé malheureusement il ne sera jamais retrouvé.

Courrier d'Emile Baudry décrivant le décès d'Albert

24/10/1914
« Madame, J’ai reçu votre lettre dont vous me demandez des détails sur la fin de votre mari et notre pauvre camarade Albert. Madame, je ferai tout mon possible pour vous renseigner de mon mieux. J’ai des renseignement de Léon Gouley dont c’est lui qui l’a vu le dernier du pays. Il a reçu des éclats d’obus dans les 2 cuisses, il est mort sans connaissance un quart d’heure après en arrivant au poste de secours dont il fut transporté aussitôt. Il est enterré dans le jardin d’une ferme près du canal de l’Aisne à Sapigneul, près Berry au Bac. Je crois département de l’Aisne, ce pauvre malheureux est décédé le 30 septembre vers une heure de l’après-midi nous avons trouvé..
Courrier Emile Baudry suite et fin

« …après la bataille son porte-monnaie à la place où il a été frappé il contenait un mandat de 3 francs qu’il venait de recevoir dont nous l’avons remis à Emile Biette. J’ai vu Emile avant hier et il se porte bien. Madame, voilà à peu près tous les détails dont je peux vous donner car nous sommes partis déjà depuis longtemps de cet endroit là… »

Ce funeste 30 septembre fut aussi un jour incroyable car voici la découverte que je fis :

Parmi les régiments qui vinrent soutenir cette fameuse attaque du 30/09 au matin , il y avait le 254ème RI (source Mémoire des Hommes Journal de Marche). Celui-ci avait pour mission de couvrir le 319ème (celui d’Albert) durant l’attaque de la cote 91. Dans le 254ème RI se trouvait mon grand-oncle maternel, Clotaire Lardé.  Quelles sont les chances que ces 2 hommes , mon arrière grand-père paternel et mon grand oncle maternel, qui n’avaient rien en commun à la base, si ce n’est le même âge, les tranchées et les horreurs de la guerre, se soient entrevus, aient échangé un regard, peut-être fumé une cigarette ensemble sans penser une seule seconde qu’ils auraient des descendants communs !  Les chances sont minces, c’est vrai mais j’ai envie d’y croire !  A partir de là je me dis que peut-être votre aïeul était lui aussi dans l’un de ces 2 régiments, peut-être ont-ils été camarades, échangé dans les tranchées, peut-être se sont-ils soutenus et entraidés lors des assauts ou dans les tranchées. Bref, cela pourrait être intéressant de retrouver ces camarades d’infortune. Avec votre aide et nos infos communes, nous pourrons peut-être retracer leur parcours et ainsi connaître leur destin.

Alors si jamais vous reconnaissez un nom, n’hésitez plus contactez-moi !

Voici la liste des noms cités dans les différents courriers en ma possession :

  • Joseph Lair
  • Henri Lefebvre
  • Angilot (pas de prénom et pas sûr de l’orthographe)
  • Laplace (pas de prénom)
  • Léon Gouley
  • Emile Baudry 
  • Bansse (je n’ai pas de prénom mais il était apparemment vétérinaire durant la guerre).

Concernant le 254ème RI, je n’ai absolument rien.

Vos avis, commentaires et suggestions sont les bienvenus !

Valérie CHALANGE

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