Les pièges de l’homonymie

Dans mon article « Comment bien démarrer sa généalogie » je vous parlais d’un problème fréquent en généalogie : les patronymes identiques ou les pièges de l’homonymie.

En effet, outre le fait qu’un fils peut porter le nom et le même prénom que son père (par tradition filiale) il arrive, de temps à autre,  que deux individus sans aucun lien apparent, portent aussi le même nom voire le même prénom et dans ce cas on parlera dhomonymie.

Si l’on n’est pas attentif, on peut très vite partir sur une fausse piste et remonter une branche qui ne nous concerne en rien.

Lors de mes recherches, j’ai rencontré un cas très concret qui illustre parfaitement l’homonymie et qui reste à ce jour, quelque peu mystérieux.

Voici l’histoire d’Adèle Lardé (que je nommerai Adèle n°1):

Adèle n°1 voit le jour à Vauchelles dans l’Oise le 21 février 1830.  Elle est la fille de François et de Marie Anne Bera ( frère de mon trisaîeul maternel). Jusqu’à ses 21 ans, en 1851, elle est recensée chez ses parents avec pour profession « domestique » et en marge l’observation « aliéné à domicile ».

Que veut dire cette mention ? elle est folle mais pas assez pour être hospitalisée ? A-t-elle simplement un problème physique (différence entre un être sain et aliéné) ? Bref, peu d’éléments pour l’instant.  Dans le recensement de 1856, elle n’apparaît plus, ni chez ses parents ni à une autre adresse.  Est-elle décédée ? partie travailler ailleurs  ? Rien non plus dans les tables décennales…..Je décide donc de consulter , malgré tout,  les actes de décès de Vauchelles pour m’assurer qu’aucune erreur ne ce soit glissée dans les TD (comme cela peut arriver parfois) mais  là, impossible d’y accéder : les archives départementales de Vauchelles ont des lacunes entre l’an VIII et 1879. Rien non plus dans les petits villages voisins.

Décidément la chance n’est vraiment pas au rendez-vous !! Il me reste encore un peu d’espoir et je lance une recherche au travers du site Généanet et là, bingo !  je retrouve Adèle n°1  dans un extrait de la revue n°22 de l’association Genea 60 « Détenues incarcérées de 1850 à 1860 – Naissances » à Clermont dans l’Oise. Elle avait accouchée d’une petite fille le 18/01/1859 à la maison d’arrêt et de correction de Clermont. Aucune indication quant au motif de sa détention mais j’avais au moins une piste. 

Dans les archives de Clermont, impossible de trouver quoique ce soit de concret sur cette prison hormis qu’elle avait été détruite dans les années 60. En cherchant dans les tables décennales, je la trouve dans les décès mais en 1853 ????  Dans son acte, il est précisé qu’elle est décédée à la maison de santé de Clermont, qu’elle a 22 ans, célibataire, domestique et née à Vauchelles ; mais chose surprenante ses parents sont inconnus.

décés Adèle Lardé 2
décés Adèle Lardé 2 (source « archives de l’Oise »)

Incompréhensible ! Comment cela pouvait-il être possible ? Elle ne pouvait pas être morte en 1853 et accoucher en 1859 !! C’était forcément un homonyme et même plus que cela étant donné la similitude des informations. En  poursuivant mes recherches sur Clermont, je fini par trouver un second acte de décès d’une Adèle Lardé, dans lequel outre son second prénom était précisé, ses parents,  bien identifiés cette fois-ci, me confirma que c’était bien l’Adèle que je recherchais. Elle était décédée à Clermont aussi mais le 27/05/1860.

acte de décès Adèle Céline lardé 1
acte de décès Adèle Céline lardé 1 (source « archives de l’Oise »)

Pour résumé, si l’on compare leurs actes de décès, outre le fait qu’elles soient homonymes, leurs similitudes sont incroyables, elles sont toutes deux :

  • Célibataires
  • Domestiques
  • nées à Vauchelles entre 1830 et 1831
  • décédées à Clermont

Tous ces points communs  peuvent prêter  à confusion et fausser une branche. Si je n’avais pas trouvé en premier lieu, l’extrait de la revue Genea 60 me précisant qu’elle avait accouché en 1860 à la prison de Clermont, j’en aurai forcément déduis que mon Adèle était décédée en 1853 à la maison de santé de Clermont à 22 ans et sans enfant, ce qui pouvait paraître d’autant plus convaincant au vu de sa maladie.

Si j’ai, fort heureusement, déjoué le piège de l’homonymie, cette Adèle n°2 n’en reste pas moins mystérieuse et intrigante. Qui peut-elle bien être ? qui sont ses parents ? qu’elle est la cause de son hospitalisation ? a-t-elle un lien de parenté avec Adèle n°1 ? Autant de questions sans réponses mais qui, aujourd’hui pique ma curiosité et pour lesquelles je compte bien en obtenir quelques unes.

Quant à mon Adèle n°1, il me reste encore beaucoup de points à éclaircir  :

Quels sont les motifs de sa détention ? quel est son degré d’aliénation ? quelles sont les circonstances de sa grossesse ? qui est le père de sa fille Joséphine ? qu’est devenu l’enfant après le décès de sa mère ?  a-t-elle été placée dans une famille ? (après vérification elle n’a pas été remise aux grands-parents, aucune trace dans les recensements de Vauchelles) est-elle décédée ? . Encore des questions pour lesquelles je ne suis pas certaine d’obtenir toutes les réponses….Quoi qu’il en soit , j’espère pouvoir me rendre rapidement aux archives départementales afin d’obtenir des éléments de réponses pour l’une comme pour l’autre……

Ce cas est le plus atypique que j’ai pu rencontrer lors de mes recherches.  En plus de l’homonymie, il y a toutes ces similitudes de dates, de lieux et de profession, bref un cas assez extraordinaire et déroutant, n’est-ce pas ? Je vous le confirme, afin de ne pas s’égarer, il faut absolument rester vigilant, ne pas s’éparpiller et surtout garder à l’esprit sa ligne première. Toujours vérifier et croiser, systématiquement, les informations obtenues, que ce soit par le biais des archives départementales, des sites généalogiques ou des arbres en ligne…..

En un rien de temps, la curiosité et les petites cellules grises en éveil , on se laisse très vite embarquer, les questions fusent, on veut connaître le pourquoi du comment, on se pique au jeu et là gare à se laisser entraîner dans des recherches supplémentaires, des heures laborieuses sur des chemins de traverses risquant peut-être de nous emmener bien loin de notre route et de notre branche, nous embrouiller voire nous perdre… Le piège c’est de se laisser déborder par son entêtement et son imagination et d’en oublier sa recherche originelle !

Bien sûr le principe même de la généalogie comme on l’aime, c’est de chercher, fouiner, déterrer, récolter et engranger mais attention comme toute bonne chose : « à consommer avec modération » car votre arbre risque d’en pâtir et de piétiner un petit moment.

Rassurez-vous ce cas extrême est assez rare mais tellement intriguant et passionnant… Mon conseil si une telle ambiguïté vous arrive ?

*Stockez dans un coin vos infos sur l’intrus et consacrez-vous à la personne initiale. Une fois certain que tous les éléments concernant celle-ci sont confirmés et bien dissociés, alors seulement après, revenez l’esprit clair, débarrassé de tous doutes sur votre intrus.

*Dans le cas simple d’homonymie, si les seconds prénoms peuvent être une piste ce n’est pas une preuve irréfutable. Il faut savoir que selon les actes, il n’est pas toujours noté, il arrive aussi parfois qu’ il y ait des erreurs, des oublis, des fautes dans la rédaction et quand ce n’est pas illisible il arrive que la personne elle-même se déclare sous son second ou troisième prénom !

La vigilance est de mise et le croisement d’informations s’avère obligatoire.

Ah….généalogie quand tu nous tiens !

Toutes vos questions et interrogations sont les bienvenues.

Vous vivez ou avait vécu cette expérience, n’hésitez pas à nous la faire partager !

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